La seule histoire


C’est avec une immense tristesse que le collège de Castillonnès a appris le décès d’Alain Boucherès. C’était un homme engagé et de convictions, humainement investi pour ses idées et ses fonctions de Président du Souvenir français de Castillonnès, qui a conduit le projet mémoriel et organisé les voyages de nos élèves de 3ème à Verdun en 2016 et sur les plages du Débarquement en Normandie en 2018.

La seule histoire

"La seule histoire est celle que l’on construit ensemble" Winston Churchill

Le travail et la collaboration que le collège Jean Boucheron a mis en place depuis 2015 avec le comité du Souvenir français de Castillonnès ont permis de définir et de réaliser un projet de mémoire et d’histoire pour transmettre l’héritage des valeurs de la République à nos jeunes et leur faire comprendre l’histoire culturelle de la guerre et le sacrifice des soldats et des civils pour la nation.

Le parcours culturel et citoyen s’est construit autour des champs de bataille de Verdun et des plages de Normandie, dans l’esprit des programmes d’histoire et d’éducation civique de 3ème, centrés notamment sur l’étude des conflits contemporains et la violence de masse, l’expérience combattante mais aussi sur la mémoire (intergénérationnelle), la paix et les valeurs de la République.
Cette démarche pédagogique particulièrement riche, variée et parfois complexe a nécessité un accompagnement de la réflexion et un éclairage de la découverte par les adultes.

C’est dans le cadre de ce partenariat que les membres de la délégation de Castillonnès et son Président Alain Boucherès sont intervenus à plusieurs reprises au collège et à la salle Carbonnier afin de témoigner de leur expérience et présenter les missions du Souvenir Français, la campagne du Bleuet de France….. notamment avant les cérémonies du 11 novembre et du 8 mai. Les élèves ont participé à leur tour aux commémorations et intégré leurs travaux dans les nombreux rapports qu’ils ont produits au retour de leurs voyages dans la Meuse et en Normandie (livre et expositions-cf site du collège-Comme la guerre).

Au service du devoir de mémoire et du travail historique, le projet pédagogique a reçu le diplôme de l’Union fédérale départementale des anciens combattants et victimes de guerre du Lot-et-Garonne le 7 mai 2018 et obtenu la labellisation de la DPMA "Mission du Centenaire" avec le soutien des autorités académiques et des autorités départementales.
Il a figuré en 2016 au programme commémoratif officiel du Centenaire et a été mis en ligne sur le portail internet de la Mission, ce qui a conféré au projet labellisé une visibilité nationale et internationale. Il a été présenté et remis au maire de Verdun, Samuel Hazard, lors d’une réception officielle une semaine avant les commémorations officielles à l’ossuaire de Douaumont.

Sans le travail et l’investissement d’Alain Boucherès et du comité du Souvenir français de Castillonnès, le projet des collégiens n’aurait jamais pris cette dimension.

Un transmetteur de mémoire

L’action pédagogique et d’information du Souvenir français à Verdun et en Normandie ainsi que la préparation et la réalisation des projets mémoriels ont été conduites par Alain Boucherès au moyen d’expositions, de conférences, de projections de documentaires, de lotos, de soirées-repas à l’hôtel de Cours de Thoumazeau de Castillonnès pour aider au financement du voyage des élèves et de cérémonies officielles pour honorer les soldats français à Verdun et dans les cimetières meusiens en 2016 et les soldats alliés à Colleville, à Ouistreham et à Bayeux en 2018.

Alain Boucherès a consacré tout son temps à la réussite de ces deux voyages avec un dévouement extrême et une belle générosité pour les élèves !
Un respect réciproque aussi.

Le Souvenir français et la mairie de Castillonnès ont par ailleurs organisé une grande cérémonie commémorative le 7 mai 2018 en présence de nos homologues européens du lycée de Vilnius et de Madame le Consul de Lituanie.
Le texte sur la guerre , la paix et l’Europe lu par Marija Zarembiene a aussi été un moment fort et intense de réflexion sur la liberté et les droits de l’homme, le respect, la tolérance, le dialogue, la fidélité aux valeurs et aux principes de notre histoire commune et à nos idéaux.
Ces mêmes valeurs qui portent une dimension morale et universelle et inspirent les peuples qui cherchent encore aujourd’hui les instruments de leur liberté et de leur identité.
Un moment unique organisé et également partagé avec le Souvenir français.

"C’est avec l’école qu’il revient au Souvenir français de préparer à la citoyenneté, au devoir de mémoire et au sens de l’humanisme. Pour transformer les interrogations d’aujourd’hui en atouts pour demain" disait Alain Boucherès avec optimisme.

C’est à ce devoir que se sont proposés de contribuer le Souvenir français de Castillonnès et son Président depuis 2015.

C’est aussi dans le cadre de ce parcours historique, citoyen et européen que les collégiens de Castillonnès ont visité le ghetto juif et le musée du génocide de Vilnius en 2017 et présenté en mars 2019 leur projet SO RIGHTS, lauréat du concours UNESCO 2018 au Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies au Palais de Genève le 19 mars 2019 pour commémorer les 70 ans de la Déclaration universelle. Ils ont aussi poursuivi leur travail mémoriel sur les hauts-lieux de la Résistance en Haute-Savoie à travers la visite du Mémorial des Justes de Thonon-les-Bains où ils ont rendu hommage à l’action menée par Simone Veil.

Toutes ces actions ont été réalisées par les élèves dans la continuité du travail mis en place sur le devoir de mémoire et l’étude des conflits contemporains avec le Souvenir français de Castillonnès. La question de transmettre les connaissances et les valeurs était ce qui comptait le plus pour Alain Boucherès.
C’est pour cela qu’il a suivi avec beaucoup d’attention le projet européen en Lituanie et le parcours citoyen et humaniste des collégiens en Suisse.
Il ne séparait pas l’étude de la guerre de son écriture et s’enthousiasmait quand les dossiers et les séquences pédagogiques du projet des élèves contenaient un souffle d’humanité et d’espoir, d’éthique et de civisme.

L’identification du message moral et civique

"Oui, ces voyages mémoriels ont été une parfaite réussite, mais essentiellement due à la qualité des échanges intergénérationnels qui se sont avérés tout au long du périple ; ils furent, de part et d’autre, très respectueux et empreints d’un partage réciproque.
J’aime et j’admire beaucoup ces collégiens ! Ils se sont joints à nous, avec beaucoup d’émotion, afin d’honorer les soldats castillonnésiens tombés lors de la Bataille de Verdun et ont rendu un bel hommage aux soldats alliés au cimetière de Colleville à Omaha Beach. Ils furent tout au long de ces voyages intéressés et intéressants !
Le Comité du Souvenir français de Castillonnès est heureux et fier d’avoir contribué à ce formidable devoir de mémoire auprès des générations actuelles, car ces élèves furent pour nous toutes et tous, une formidable leçon de réflexion, d’attention et de sérieux.
Un immense MERCI.
Les jeunes sont revenus enchantés à la fois des enseignements historiques et des échanges avec les plus anciens. Ils ont compris le sens du devoir, l’amour de la Patrie et pourquoi il est important de respecter les valeurs de la République.

Les valeurs collectives d’humanité.
Il n’y a pas de conscience morale qui ne s’émeuve...
Des moments importants et inoubliables pour les collégiens.
Pour nous tous.
Pour le Souvenir français, qui garde la mémoire et transmet l’héritage : un pays n’a pas d’avenir s’il n’a pas d’histoire… » .

Mail envoyé par Alain Boucherès-2018

Lettre à la jeunesse d’Emile Zola (1897)

"Jeunesse, jeunesse ! Souviens-toi des souffrances que nos pères ont endurées pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et t’exprimer librement, c’est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang..."

Une histoire et des voyages à l’échelle des individus qui résonnent et résonneront toujours encore dans nos mémoires.
Des histoires de guerre et de paix à Verdun et à Omaha pour devenir des personnes et des citoyens informés et responsables et un message à l’Europe qui doit continuer à rassembler.
Un acte culturel et une visée mémorielle pour les collégiens de Castillonnès et les professeurs qui ont participé au projet.

Un mot pour dire au revoir et se souvenir de tout le meilleur...
Monsieur Alain Boucherès, nous garderons votre mémoire et votre bonté et transmettrons votre héritage.

L’équipe éducative et les élèves du collège de Castillonnès

Hommage à Alain Boucherès
De Verdun à Genève (2015-2019)

Articles de presse

1-Verdun au cœur de la Grande guerre 1916-2016

Le projet Verdun labellisé

Excursion sur les pas des Poilus

Commémoration du Centenaire à Verdun

Comme la guerre

Un livre pour Verdun

Le Bleuet de France et le collège de Castillonnès

Espace pédagogique du Souvenir français

Verdun 2016 sur le site de projet du collège de Castillonnès-31 articles et rapports d’activités

2-Omaha Beach-plages du Débarquement en Normandie- 2018

Messages de paix sur les plages de Normandie

Voyage mémoriel sur les plages du Débarquement

Le Débarquement en Normandie

Les plages du Débarquement

A Omaha Beach, avant il y avait la mer

Le Débarquement en Normandie-côté anglais-repas-hommage à l’hôtel Thomazeau

Dans le sable d’Omaha

Un voyage mémoriel d’exception

Omaha 2018-les plages du Débarquement en Normandie sur le site de projet du collège de Castillonnès-15 articles et rapports d’activités

De Verdun à Genève

Au Palais des Nations de Genève-photo d’Alain Boucherès

Un grand MERCI.

Texte hommage "la seule histoire -extrait du livre "Comme la guerre" (128 pages-collège Jean Boucheron-Castillonnès).

La seule histoire

Texte dédié à Alain Boucherès (écrit le 2ème jour du voyage à Verdun)

La journée commence avec la visite du village détruit de Fleury-devant-Douaumont situé sur la route des forts de Vaux et de Douaumont.
Nous quittons Verdun vers 9h15 et empruntons la route qui monte à travers les bois vers les hauts lieux de la bataille de 1916.Nous surplombons maintenant la ville et la vallée de la Meuse. Le temps est bien dégagé, le paysage est agréable et coloré. La colline est douce, les prairies sont vertes et grasses à cette saison. Le printemps semble arriver.
On se rend vite compte que la côte a servi de promontoire devant Verdun. Une protection naturelle contre les attaques allemandes, renforcée par la ligne de défense du système des forts de Vaux et de Douaumont, que nous devons visiter en fin de matinée.
Les premiers kilomètres montrent déjà que ce secteur a été le théâtre de violents combats entre français et allemands. La terre est encore marquée par les chemins des hommes et les traces des bombardements. La forêt est fracturée. Cent ans après…. Nous pénétrons rapidement dans l’univers sordide des champs de bataille de la Grande guerre….
Le paysage tient ici le premier rôle. Le silence pousse déjà à être plus attentif à tous les détails. On est loin des bruits de la guerre.
Un silence de plomb. On devine la guerre à travers les éléments et on lui donne cette première orientation. Dans nos livres d’histoire, les témoignages de soldats parlent du vent, du froid, de la boue, omniprésents et hostiles mais aussi des arbres et d’un fond obscur. Tout est très illustratif sur le terrain….
Des forêts comme de lugubres rangées de troncs….et parsemées de chemins et de croix..
Ces sentiers de guerre sont une sorte d’inspiration progressive sur cette route qui serpente jusqu’à Douaumont. Une sorte de plan vertical entre la terre et le ciel.
Il y a quelques oiseaux mais ils ne chantent pas. Je trouve ces premières images très intenses. Le passé semble cheminer encore dans les tranchées de ces forêts, indestructibles, qui se reconstruisent sans effacer les rides des batailles dans cet environnement d’apocalypse. Une caisse de résonance sur ces sites de combats balafrés par d’impressionnants cratères….
Certains sont énormes et scandent les récits de la mort dans les tranchées que traverse la route….elles n’ont pas bougé en cent ans depuis les derniers jours de guerre.
Elles semblent exposer le calvaire de leurs héros.....et gardent leur puissance symbolique.
De profondes cicatrices. La plupart ont entaillé le sol d’une dizaine de mètres...

Ces forêts aussi ont subi l’évènement avec quelques compagnons d’infortune dans un combat qui s’est enlisé et répété. Elles ont vu l’angoisse et l’atrocité.
Elles forment maintenant un écran et donnent un sentiment d’accalmie. On dirait qu’elles empêchent le silence de parler.
Les trous sont nettement visibles et remplis d’eau. Les grenouilles en ont maintenant fait leurs mares. Ils semblent avoir été dispersés de part et d’autre de la route.
Nous sommes ici en plein coeur de l’ancien champ de bataille et de la ligne de combat. La mort niche encore dans chaque trou…
Tous les chemins sont creux.
Ce sont tous d’anciennes tranchées. Les talus ont été labourés par les tirs d’artillerie et les feux d’infanterie.
On imagine les soldats dans les boyaux et leur parfaite résignation au devoir. L’image est ici plus introspective.
On cherche le bruit caché dans le silence, le mouvement dans l’immobilité, la vie dans l’inanimé, des formes dans le vide…. Tout renvoie aux éléments constitutifs du paysage. Rien ne s’efface jamais….

« Un obus a sûrement éclaté à côté d’eux. Ils ont peut-être eu le temps de se protéger ou de courir » dit un élève.

3,8 millions d’arbres ont aussi été replantés entre 1920 et 1930 dans ce paysage dévasté et torturé ! Pour recréer la vie à partir de la mort. Un paysage non-existant, en mille morceaux et toujours accroché au plateau. Une forêt sanctuaire protège les lieux et se recompose.
Des clairières laissent maintenant respirer la forêt. Les soldats intrépides ne se cachent plus derrière les grands arbres. La forêt est toujours là. L’espace est modeste et magistral à la fois. Devant Verdun.
On ne peut pas croire que la guerre est arrivée jusque là. Tout est si tranquille maintenant…

Chaque trou montre l’âpreté des combats.
Une réalité glaçante et accablante pour les soldats qui ne pouvaient se protéger et éviter les projectiles.
Un paysage minimal et radical, un silence tapissé de mares et de mousses, un sol désespérément nu, lunaire, des creux où l’on n’entend même plus les bruits du vent. Un paysage calme et immobile dans lequel tout a disparu.
Sur cette terre , des hommes se sont perdus au milieu de la forêt dans l’absurdité et la violence des bombardements. Ils ont été précipités dans le chaos, jetés tout crus et ignorants dans la gueule du loup….Les marques laissées par les obus n’offrent pas le confort de la distance ou de la démonstration.
La scène est d’une intensité inouïe.
La terre a conservé les stigmates des assauts : on imagine les courses effrénées des soldats dans la forêt éventrée…..chaque arbre semble égrener un souvenir dans ce paysage désolé où rien ne pousse comme avant…..

Celui laissé par les soldats dans lequel l’humanité s’est perdue de manière abyssale.

La nature n’a jamais écrit qu’il devait y avoir des cratères de bombes au milieu des fleurs, des escargots, des lichens et des forêts…..

Alain Boucherès rappelle aux élèves à cet instant que cette forêt était en 1916 traversée par la ligne de front et qu’une ligne de chemin de fer reliait les villages. Les lignes ennemies étaient donc directement en contact à cet endroit !

Au milieu des résineux et des feuillus on sent encore la guerre…..Le secteur a connu de lourdes pertes. Il est imprégné de la présence militaire. Des casemates, des abris à munitions, semblent encore veiller et protéger les lisières des bois où le soleil a du mal à percer. Ses rayons forment des colonnes de lumière sombre.
Nous suivons les jalons de la route. Nous avons l’impression d’avancer ligne par ligne…..on croit aux personnages et à l’histoire parce qu’on est sur les lieux mêmes de la bataille ! Les élèves prennent conscience face aux horreurs dont ils sont témoins. Le paysage parle à lui seul.
Au détour d’un carrefour on aperçoit des forestiers qui débroussaillent les bandes de terre le long de la chaussée.
Les travaux font apparaître les trous des obus tirés en 1916 sur la champ de bataille que nous découvrons depuis le bus. Depuis 2014, la forêt de Verdun bénéficie d’un label attribué par l’Office national des forêts. Il consiste aussi à resituer le mémorial dans son environnement proche en rendant à nouveau lisible le paysage pour les visiteurs qui passent en voiture ou en bus.
Le projet est donc destiné à entretenir la forêt en développant les opérations de débroussaillage ainsi que l’aménagement de nouveaux sentiers pédestres reliant les lieux de mémoire.
Cette forêt d’ « exception »pourrait aussi bénéficier à un autre projet en chantier : l’inscription de la ligne de front et des lieux de mémoire de la guerre 14-18 au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2017.Trois autres forêts seulement ont obtenu cette qualification : celle de Fontainebleau (Seine-et-Marne), de la Grande-Chartreuse (Isère) et de Rouen (Seine-Maritime).

Nous sommes dans la zone rouge, c’est-à-dire celle qui a été ravagée par les combats. Des villages entiers ont été détruits pendant la guerre 14-18 et n’ont pas été reconstruits afin de faire de cet espace des lieux de mémoire aux dimensions exceptionnelles.

Nous entrons dans la commune disparue de Fleury à 9h30.
Nous apercevons le sentier de mémoire dans la forêt et les premières plaques ainsi que quelques ruines. Un village réduit en morceaux au gré de mémoires en miettes…..
Des humains pris dans le flot de l’inhumanité….un emprunt à la vie pour écrire leur histoire….l’histoire infâme de la guerre. Ce sont ces hommes qui apportent de la dignité et de l’espoir dans nos vies….
Fleury est le village martyr de la bataille de 1916, symbole de la violence des combats.
Malgré lui, il est devenu un monument historique.
Il comptait 422 habitants au début de l’année 1916…26 corps ont encore été retrouvés lors de fouilles dans le périmètre du village en 2013.
La mort est encore sous nos pieds. Le village n’est que ruines et bâtiments endommagés.
Le groupe descend vers la chapelle-abri et le monument aux morts où sont inscrits les noms des enfants du village morts pour la patrie.
Le silence et le vide.
Au début du sentier, un panneau indique que la bataille de Fleury a eu lieu entre le 23 juin 1916 et le 18 août 1916. Un moyen de comprendre ce qui est arrivé. La terrible image d’une commune en guerre. Une immersion en enfer, au sens le plus authentique du terme.
Rien n’épargne ici la monstruosité de la guerre.

Fleury était l’une des clés du système fortifié de Verdun, situé en première ligne de l’offensive de 1916…..
On était ici même sur le front.
On apprend que le village a changé 16 fois de main au cours des combats… !! et qu’il a été entièrement détruit. Il est maintenant impossible de reconnaître une maison ou un dessin de rue.
En 1918, Fleury a été érigé au rang de « village mort pour la France  ».
Le mémorial de Verdun a été construit en 1967 à l’emplacement précis de l’ancienne gare.
Au coeur du village, des panneaux renseignent sur l’emplacement de l’école, du dépôt de pain, de l’atelier du charpentier, du maçon, du maréchal et des couturières. Le village de Fleury était un village travailleur et paisible : un trésor d’humanité.
Un coin tranquille et attachant. Il n’y a maintenant plus rien. Quelques pierres seulement et des lieux figés.
Quelques lieux marqués dans le sol : la forge, une ferme, une fontaine…….
Les murs ne protègent plus que les orchidées et les violettes.
Tout est plongé dans la couleur du deuil et d’un monde brutal. Tout est définitivement perdu. Il n’y a pas de mots pour décrire. Le passé semble infini.
Le fracas du temps est resté. Tout est silence et phrases trouées.
Il n’y a maintenant plus de jours, plus de saisons, de semailles, de moissons, de charrettes, de bétail…à Fleury. Plus de terre à cultiver.
Seulement celle du souvenir et des héros suprêmes…

Des pierres qui se taisent et qui parlent : des mots aussi importants que le silence.
« Ils n’ont pas passé » proclame le monument aux morts planté au milieu de l’effroyable bataille.
Chacun y va de son commentaire et de son analyse dans cette succession de lieux , rappelant la nécessité de sensibiliser les jeunes et l’opinion sur la cruauté substantielle de la guerre.
Des plaques, des noms, des endroits qui n’existent plus mais qui racontent leur histoire.
Une vie normale gâchée et une terre ravagée.

On est tous frappés par le décalage et la dimension presque intimiste du village dans sa façon d’être au monde. Un coin de campagne si paisible…..
Ne reste que le silence de son église…..la guerre est venue s’enliser là dans la gadoue d’un village de la Meuse…. !
Les textes recouvrent les images absentes.
Des mots sont gravés dans la pierre pour rendre compte du désastre ressenti par la population : devoir, sacrifice, enfants, martyrs, mémoire, héros, victimes, guerre, patrie, combats, disparus, innocents, familles, camarades……

On vient maintenant à Fleury pour se recueillir et méditer aux lieux mêmes des sacrifices des soldats.
Le mot mémoire prend ici tout son sens.
On met aussi à l’épreuve sa sensibilité…..On pense, on réfléchit pour rendre hommage, témoigner, transmettre…
Une statue de la vierge sur le mur de la chapelle rappelle l’idéal et la foi qui les ont inspirés et soutenus.
Leur exemple prend le sens d’une leçon. Nous aurons deux jours plus tard la même impression dans l’église de Vauquois…
Depuis 1979, Notre-Dame-de-l’Europe, scellée sur la façade de la chapelle votive appelle à la fraternité et à la paix.
Le transfert progressif de la foi vers l’humain …
Une alternative à la violence et à folie de notre société, un peu d’humanité, un peu d’espoir surtout.
Des noms, des histoires racontées par les autres.

Des instants déchirants, un vécu dramatique, c’est toute une vie qui a changé à cause de la guerre.

Un gâchis sans fin……Les élèves découvrent la violence du monde de la guerre et des adultes. Les pierres de Fleury retracent la vie du village le long des sentiers qui parcourent la forêt.
Dans l’ombre de la mort, elles donnent forme au récit.
Le village semble recomposé comme une succession de tableaux. Ceux-ci nous montrent avec une singulière humanité de regard, comment la guerre a rattrapé les hommes les uns après les autres et les a tous précipités.
Un village fantôme a envahi l’espace…
Une autre plaque parle de l’Europe, une idée puissamment forte et originale….au service des valeurs les plus hautes. L’enjeu est humain .
Serait-il porteur d’un message ?

On a l’impression en lisant ce texte qu’il y a une histoire dans l’histoire. Après la mise en abyme…..la guerre est un méchant diable sorti de l’enfer… !
La guerre, la paix et apprendre à vivre avec images du passé….
Penser aussi que la vie doit rester la plus forte……

A travers l’histoire de ces morts, c’est de droit et de liberté, d’Europe dont il est question.
De belles valeurs à apprendre à nos jeunes collégiens. Verdun, comme un malheur commun. Deux mois de combats incessants ont réduit le village à l’état de ruines. Chaque pierre, chaque stèle est un rappel symbolique des événements.
Les élèves parcourent le village et lisent chaque panneau.
Ils localisent les anciens bâtiments du village détruit. Ils croisent sur un chemin d’autres élèves de 3ème d’un collège de Moselle qui vont également passer la journée sur les différents sites Ils ont un plan à compléter avec le tracé des rues et l’emplacement des anciennes maisons. Ils peuvent aussi utiliser les quelques photos du village prises avant la guerre pour se repérer et imaginer….. Les élèves engagent une petite réflexion sur le drame de Fleury et la guerre.

Fleury-devant-Douaumont compte parmi les neuf villages détruits lors de la bataille de Verdun (avec Beaumont-en-Verdunois, Bezonvaux, Ornes, Haumont-près-Samogneux, Louvemont-Côte-du-Poivre, Cumières-le-Mort-Homme, Vaux-devant-Damloup et Douaumont).
Sur l’annuaire des communes de France, le village est inscrit et on peut y lire qu’il compte 0 habitant.
En 1934, on a construit une chapelle sur l’emplacement de son église totalement rasée. Devant elle le groupe pose avant le départ pour les forts de Vaux et de Douaumont.

L’endroit est maintenant devenu un lieu de pèlerinage pour les familles de disparus et les touristes amateurs.

BP-10/06/2016

Comme la guerre (Mémoires de guerre à Verdun)
La seule histoire est celle que l’on construit ensemble.


Commentaires